Bruce Springsteen ou l’art de se mettre en scène

Bruce Springsteen ou l’art de se mettre en scène

Laurent Rigoulet

A l’occasion de la ressortie des premiers albums de Bruce Springsteen, la saga de ses pochettes, où, avec des faux airs de Pacino, il se mettait en scène comme les personnages de ses chansons.

Rééditions et redécouvertes, collectionneurs et collectors, labels et magasins sont au menu de 180 gr, une nouvelle chronique hebdomadaire consacrée au disque vinyle, que vous pourrez retrouver chaque vendredi.

Pour ceux qui souhaitent dilapider leurs économies à l’occasion du Disquaire Day ou lancer d’absurdes paris sur la cote future des rééditions vinyle, le coffret massif (et lourd) réunissant les sept premiers albums de Bruce Springsteen est une bonne affaire. Pour les fans aussi, qui réclament, depuis des lustres, une édition dignement remastérisée. Mission accomplie par Bob Ludwig, grand manitou de la console, qui a commencé à travailler avec Springsteen à l’époque où celui-ci s’était mis en tête d’enregistrer Nebraska sur un magnéto cassette. Couvert de lauriers pour son travail de toilettage numérique pour les Stones, Sly Stone ou Dire Straits, Ludwig a plein d’histoires à raconter sur les nouvelles technologies 24 bit qui permettent d’obtenir un son étonnamment proche de celui de l’enregistrement originel, mais il est aussi capable de trancher la question avec une bonne vieille citation de Duke Ellington : « Si ça sonne bien et qu’on le sent bien, c’est que c’est bon. »

Remastérisés pour la première fois, les disques trouvent un nouvel éclat – notamment The River, qui, d’après Ludwig, en avait besoin – mais ce sont les pochettes qui donnent envie de s’étendre un peu sur ce travail d’édition « maniaquement » supervisé par le Boss. Notamment celle de Darkness on the edge of town, qui, en 1978, rend Springsteen aussi cool que le jeune Pacino planant alors à des hauteurs impensables dans nos rêves américains. En cuir noir et tee-shirt blanc, sur fond de bicoque ouvrière au papier peint défraîchi, la nouvelle star du New Jersey pose avec un naturel bluffant en James Dean rital, sombre et sexy, un peu comme le jeune Richard Gere qui fait alors monter la température dans Les Chaînes de sang, de Robert Mulligan (en 1978, Gere joue Stony De Coco après avoir interprété, un an plus tôt, Tony Lo Porto dans A la recherche de Mr Goodbar). Du Darkness gravé avec les caractères d’une vieille underwood à la gueule de doux marlou, tout renvoie au cinéma américain, qui, en ces années-là, met tout le monde d’accord.

« Le dépouillement et la modestie de ses photos, leur sincérité et leur âpreté correspondaient très exactement à la musique que je voulais faire», Bruce Springsteen

Ça n’a rien d’un hasard. Springsteen est obnubilé par la pochette de son nouveau disque, qui doit donner le ton et marquer le départ d’une nouvelle carrière. Il sort d’une longue période de hiatus. Dans la foulée du triomphe de Born to run, Time et Newsweek ont fait de lui la grande attraction américaine et il veut déjà briser l’élan, casser le moule : nouvelle gueule, nouveau genre, antistar à tout prix, un personnage sans hauteur comme les types de ses nouvelles chansons (« A la fin de la journée, les sirènes de l’usine hurlent / les hommes franchissent les grilles avec la mort au fond des yeux / et tu ferais bien de croire, mec / que ce soir il va y avoir de la casse »).

La pochette se pense comme un film. Springsteen est prêt à s’y consacrer corps et bien pendant plusieurs jours. Et c’est Patti Smith qui le met sur la piste du metteur en scène idéal. Pas une star, loin de là. Un type du New Jersey, comme eux, qui travaille dans la distribution de viande et fait de la photo en amateur. Camarade de lycée de Patti Smith, Frank Stefanko est surpris de recevoir un coup de fil de Springsteen et propose de faire illico le voyage pour New York, où le chanteur vit à l’hôtel. Rien ne se passe comme il pourrait l’imaginer. C’est Springsteen qui débarque chez lui, avec sa vieille Corvette, dans la petite ville de Haddonfield. En guise de garde-robe, le rocker a apporté un sac de papier dans lequel il a fourré une chemise de flanelle blanche, une salopette et un tee-shirt. Le courant est vite établi. Les deux hommes viennent d’un même milieu italo-américain et ont quelques bonnes histoires à raconter sur Brando, Sinatra ou Presley. Ils font des essais pendant quatre jours dans la maison du photographe (c’est sa chambre qui finira sur la pochette) et dans les rues alentour. « On travaillait jour et nuit, racontait Stefanko, qui a publié un livre de ses photos. Il était totalement investi dans l’aspect visuel de son œuvre. Je le dirigeais un peu et il me donnait beaucoup. »

«On voulait que ça ressemble à de vieux clichés Kodacolor, à de simples photos de famille», Frank Stefanko.

La mise en scène est peu débattue. Les deux hommes sont d’instinct sur la même longueur d’ondes, même si le photographe n’a pas encore entendu les chansons de l’album. « On essayait de recréer l’ambiance de l’Amérique qui trime, de ces types qui attendent leur salut. La scène aurait pu sortir des années 40 ou 50 autant que des années 70. On voulait que ça ressemble à de vieux clichés Kodacolor, à de simples photos de famille. On a beaucoup travaillé en noir et blanc, mais cette image en couleur qui semble avoir été trouvée au fond d’un tiroir s’est imposée pour l’album. » Les premiers essais seront les bons, captant l’intensité de la rencontre. « Les photos étaient crues et naturelles, se souvient Springsteen dans sa préface au livre de Stefanko. Frank arrivait à vous débarrasser de tous les résidus de célébrité et à vous mettre à nu. Il s’imposait des règles très précises, mais, à l’intérieur de ces limites, il créait un univers très proche de celui des personnages de mes chansons. Le dépouillement et la modestie de ses photos, leur sincérité et leur âpreté correspondaient très exactement à la musique que je voulais faire. Il a mis le doigt sur les questions qui me déchiraient après Born to run. Qui suis-je et où vais-je maintenant ? Il m’a montré le visage de ceux sur qui j’écrivais. Et la part de moi-même qui vivait encore en eux. »

Darkness on the Edge of Town est le disque d’une nouvelle naissance et un chef-d’œuvre à part dans la discographie de Springsteen. Un galeriste qui a exposé les photos de Stefanko dit qu’on voit poindre, sur la pochette, dans le calme de la pose et du regard, « l’attente de choses extraordinaires ». Bruce Springsteen y croyait tellement qu’il a utilisé des photos prises le même jour pour son album suivant, The River.

Bonjour amis et fins connaisseurs de notre ami “The Boss”
Après le succès phénoménal du livre “For You”, Lawrence Kirsch sort un 2ème opus, The Light in Darkness.
Je suis sûr qu’il sera à la hauteur du premier – pour ma part, je l’ai déjà commandé. Si vous n’avez pu vous procurer l’édition Collector “For You Bruce” et que vous aimeriez en acheter un (ou plusieurs),
faites-le-moi savoir.
A bientôt pour de nouvelles aventures au pays de la Springsteenmania.
RM

Après le superbe For You ce livre qui représente encore une fois une masse de travail hallucinante ne peut que figurer en bonne place dans la bibliothèque de tous vrais fans de Bruce.
Une maquette superbe, plus de 200 photos (pour la plupart inédites) et de nombreux témoignages de fans sur leurs réactions à cette période étrange durant laquelle pendant 3 ans
(et après le succès phénoménal de l’album “Born To Run”) Bruce restera muet.
Un éclairage aussi sur les premiers shows de 3 heures (et plus) que Bruce réalisera pour la dernière fois dans des salles à taille humaine alors qu’à l’horizon se profile déjà “Born In The USA”
et sa future tournée 84/85 des stades.The Light in Darkness un livre à acheter les yeux fermés avant de les ouvrir en grand !
brucespringsteen.fr

Livre Bruce Springsteen

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